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Atelier de sensibilisation au handicap - GRDF

Actualité

Recherche universitaire et entreprises : une initiative originale de GRDF pour réduire la stigmatisation associée au handicap psychique

par Deborah Pahl, Juin 2021


Un projet innovant a été mené chez GRDF, en partenariat avec une équipe de recherche de Poitiers pour comprendre et réduire les stéréotypes associés au handicap psychique. Trois ans de recherche ont été réalisés chez GRDF et ont abouti à la réalisation d'une thèse CIFRE intitulée "Réduire la stigmatisation de la maladie mentale : du contact imaginé au contact incarné" rédigée par Jennifer Schuhl sous la direction des professeurs Armand Chatard et Eric Lambert du laboratoire CeRCA de l'Université de Poitiers. Hélène Benard, Responsable Ambition sociale, Priscillia Pereira de Olivier, chargée de mission diversité et Jennifer nous en disent plus sur cette initiative.


La thèse a été menée dans le cadre du dispositif CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche) : pourquoi GRDF a-t-il choisi d’accueillir une doctorante ? Pourquoi Jennifer avez-vous choisi de mener une thèse en partenariat avec une entreprise ?

Hélène : Nous avions eu l'occasion de collaborer avec Jennifer lors de son Master, qu'elle a effectué en alternance au sein de GRDF. La qualité de son travail et son engagement sur la question du handicap ont été fortement appréciés. Quand elle a eu ce projet de thèse en tête, nous l'avons tout naturellement accompagnée pour qu'elle puisse le réaliser à nos côtés et ainsi aller au bout des projets engagés avec elle. De plus, GRDF est toujours volontaire pour explorer de nouvelles manières de travailler et de comprendre son environnement et ce projet de recherche en interne sur le sujet du handicap psychique était forcément inédit. La rencontre du monde universitaire et du monde professionnel est très précieuse, elle nous permet de prendre du recul sur nos pratiques et de mettre en œuvre de nouveaux leviers, pour améliorer nos méthodes et mettre en œuvre nos engagements. Une vraie aventure humaine et professionnelle qui nous offre l'opportunité d'explorer de nouveaux terrains de travail en interne !

Jennifer : À la suite du Master réalisé en alternance au sein de la Mission handicap de GRDF, l'idée de poursuivre les réflexions à travers la réalisation d'une thèse a émergé avec deux enseignants-chercheurs de l'Université de Poitiers, Armand Chatard et Eric Lambert et Hélène Benard de GRDF. L'objectif était de trouver des outils efficaces pour réduire la stigmatisation des personnes atteintes de handicap psychique. Ce projet s'est alors construit conjointement entre les résultats des études menées en psychologie sociale depuis plus de cinquante ans et les enjeux actuels de l'entreprise en matière d'emploi des personnes en situation de handicap. La rigueur méthodologique nécessaire à la réalisation de cette thèse a permis un croisement des regards pour pouvoir apporter des outils concrets aux entreprises et des apports théoriques en fonction de leurs questionnements "terrain". Ces outils ont été soigneusement testés avant de les diffuser ou d'en ajuster les messages. Aujourd'hui, les outils construits et validés à travers cette thèse vont être diffusés au sein de l'entreprise. C'était d'ailleurs l'enjeu final de cette thèse Cifre. Ce croisement de regard entre recherche et action m'a permis de réaliser cette thèse avec beaucoup d'enthousiasme.

Quels sont les principaux enseignements de vos recherches concernant les stéréotypes sur le handicap psychique en entreprise et les moyens de les déconstruire ? 

Jennifer : Les recherches montrent qu'une des raisons de l'existence des stéréotypes est la méconnaissance des individus face à d'autres groupes d'individus. Cette méconnaissance engendrerait un sentiment de menace et donc une certaine méfiance. Face aux personnes en situation de handicap psychique, cette méfiance se traduit notamment dans les stéréotypes associés à leur possible excès de violence et dangerosité.
Toutefois, les relations interpersonnelles avec des groupes sociaux variés permettent de réduire les stéréotypes et préjugés à l'égard de ces groupes. Ainsi, rencontrer des personnes en situation de handicap psychique permet de réduire les stéréotypes et préjugés à leur égard. L'objectif de cette thèse était de tester des situations de contacts non-réels, mais indirects, en utilisant les témoignages vidéos, l'imagination d'une rencontre ou encore des mises en situation. Les résultats ont mis en évidence plusieurs enseignements. Tout d'abord imaginer une rencontre avec une personne atteinte de handicap psychique permet de réduire les stéréotypes et préjugés à  l'égard des maladies mentales, même à long terme sur plusieurs mois. Ensuite, la vidéo qui est un outil très utilisé en entreprise, ne semble pas efficace pour réduire la stigmatisation lorsqu'elle est utilisée seule. Cependant, la vidéo couplée à l'imagination devient efficace. Enfin, se mettre temporairement en situation de handicap dans des actions de sensibilisation est efficace pour améliorer la perception des salariés vis-à-vis du sentiment de compétence des personnes en situation de handicap. Finalement, l'imagination et le changement de perspective corporelle permettent de réduire les stéréotypes et les préjugés associés au handicap, certainement car ces outils aident à diminuer le sentiment d'inconnu du handicap et donc de diminuer la menace perçue.

Comment allez-vous exploiter les résultats de cette thèse ? Quelles en sont les possibles applications pratiques ? 

Priscillia : Nous travaillons actuellement à la réalisation d'un MOOC 100 % interne, qui permettra à l'ensemble de nos collaborateurs - salariés et managers, d'être sensibilisés à la notion d'inclusion et de diversité. Les conclusions du travail de recherche de Jennifer sont le socle théorique de notre MOOC. Cette approche permet d'avoir un parcours digitalisé qui réponde le plus possible à la réalité de notre entreprise, et d'avoir en quelque sorte un parcours "sur-mesure". Nous avons également pu partager les conclusions de sa thèse en interne, ce qui enrichit nos pratiques professionnelles.