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Nathalie Birault : son masque redonne le sourire

par Cécile Fournier, Décembre 2020


Le masque transparent, 100 % français et fabriqué en partie par des entreprises adaptées... c’est notamment elle ! Dans la même lignée que ses bijoux pour appareils auditifs, l’entrepreneuse œuvre pour plus d’inclusion.


« Pendant le premier confinement, je me suis sentie totalement isolée, confie Nathalie Birault, sourde depuis l’âge de 12 ans. Même si je porte des implants cochléaires (opération destinée à restaurer en partie l’audition, ndlr), je continue de lire sur les lèvres, et ce masque représentait un véritable mur. » Un constat amer établi par celle qui a fondé Odiora, une société de création de bijoux pour appareillages auditifs. « Je me suis dit qu’il fallait ouvrir les masques, explique-t-elle, j’ai pris la machine à coudre de ma grand-mère, avec laquelle j’ai confectionné 20 prototypes, en suivant les conseils Afnor. » Voilà donc les masques Sourire, fabriqués par des structures en France, dont certaines adaptées. Nathalie Birault a ainsi jeté un deuxième pont entre le monde des malentendants et celui des entendants.

Le premier le fut en 2016, avec la création de sa société, Odiora. C’est une fillette qui indirectement l’a poussée à le faire, elle, l’ancienne webmaster, qui ne se serait jamais vue se lancer dans une telle aventure. « Ce jour-là, j’arborais à mon oreille une fleur, que je m’étais confectionnée pour agrémenter mon lourd appareillage. Je l’ai donnée à une petite fille malentendante. À partir du moment où je la lui ai mise, elle a totalement changé de posture. Elle s’est redressée et m’a regardée avec des étoiles dans les yeux. C’est là que j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple bijou, mais aussi d’une manière de redonner confiance. » Elle s’est ainsi mise à en dessiner d’autres. Pour elle, c’est « une manière de communiquer sur la surdité de façon colorée, sans que ce soit stigmatisant ».

Communiquer avec confiance

Son inspiration, elle la puise dans ses souvenirs de Tahiti, où elle a passé un mois en 2010. « Là-bas, homme, femme, tout le monde porte une fleur, expliquet-elle. Suivant son ouverture, sa position sur l’oreille, la signification n’est pas la même. C’est un véritable moyen de communication. Chacun des nouveaux arrivants sur l’île en reçoit une en signe de bienvenue. D’ailleurs, le nom de ma société, Odiora, est inspiré du tahitien “Ia Orana”, qui veut dire “bonjour” et “bienvenue”. »

Si aujourd’hui elle arbore fièrement sa fleur, ce ne fut pas toujours le cas. Ayant grandi dans le monde des entendants, elle a longtemps refusé de mettre des aides auditives. Mais son audition baisse encore et encore... Alors que cela fait déjà six ans qu’elle a été embauchée en CDI comme webmaster dans une grande entreprise, elle craque. Les réunions avec plusieurs personnes, le téléphone, le bruit... Cela lui demande davantage d’efforts et de concentration. Burn-out. En 2015, elle décide de se faire opérer. « Cela a été un moment magique, se souvient-elle. J’ai découvert des sons que je n’avais jamais entendus, comme les grillons, le vent dans les feuilles, la pluie... c’était très émouvant. » Nathalie retrouve ainsi son énergie et sa confiance qui semble, à l’entendre, démultipliée : « Je sais qui je suis et ce que je peux apporter. » Aujourd’hui, elle et son nouvel associé, Bruno Savage, ont de beaux projets. Ils viennent en effet de signer un contrat de distribution avec un franchiseur majeur dans le domaine de l’audition. Et nourrissent l’ambition de s’implanter à l’étranger.