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Emploi, handicap et prévention


© Luciana Loial

Emploi Innover

Séminaire Être-Pôle emploi : un maillon essentiel dans le parcours d'inclusion

par Alexandra Luthereau, Juin 2020


Depuis un an, Pôle emploi expérimente dans différentes agences pilotes d’Île-de-France le séminaire du pôle Fragilités d’Être : un dispositif spécifique d’accompagnement au retour à l’emploi des personnes fragilisées dans leur parcours professionnel.


Mme B., employée par une association, a travaillé comme aide à domicile à plein temps auprès d’une personne âgée pendant plusieurs années. La fin de la mission, liée au décès de la personne accompagnée, et des problèmes de dos l’ont contrainte à quitter son employeur, ne pouvant multiplier chaque jour les missions fragmentées de quelques heures, distantes de plusieurs kilomètres. Elle souhaiterait se reconvertir en tant qu’aide-soignante à l’hôpital, moyennant une adaptation de poste. Mais ses difficultés à s’exprimer à l’oral et à l’écrit en français ou à monter un dossier pour obtenir une formation compliquent la réalisation de son projet, pour lequel il faut pouvoir argumenter et convaincre. Orientée par son agence Pôle emploi du 19e arrondissement de Paris, Mme B. a participé à l’une des premières sessions du séminaire organisé par le pôle Fragilités d’Être en partenariat avec la direction Île-de-France de Pôle emploi, depuis la signature d’une convention début 2019. Pôle emploi a été séduit par l’approche du séminaire, « un accompagnement global sur l’élaboration du projet professionnel des personnes, prenant en compte leurs problèmes de santé, couplé à un travail sur leurs freins », rapporte Luciana Loial, psychologue clinicienne et responsable du pôle Fragilités d’Être. Elle continue en détaillant la « philosophie » de ce séminaire : « Il s’agit d’aider les participants à trouver une dynamique personnelle à travers un groupe restreint, de les sortir de leur quotidien, de leurs difficultés et de les mettre en contact avec des pairs pour favoriser les échanges. Le but est aussi de leur faire rencontrer des professionnels pour leur apporter un autre regard sur leur situation, leurs compétences, le monde du travail, et d’ouvrir leurs perspectives sur le marché de l’emploi. » L’objectif étant d’élaborer un projet professionnel adapté, « en fonction de ce qu’ils peuvent faire et de ce qu’ils ne peuvent plus faire, pour pouvoir travailler dans la durée, sans rupture professionnelle comme celle vécue précédemment ». « Mon travail consiste à bousculer les idées reçues », résume Philippe Nowicki, consultant RH et chasseur de têtes, qui anime l’atelier recherche d’emploi du séminaire Être. « Je les amène à définir ce qui fait que la façon dont ils exercent leur travail est “magique”. Et comment le formuler dans un CV et sa lettre d’accompagnement. »

Considération

Mais pour ces publics, le handicap n’est qu’un problème parmi d’autres : faible niveau de qualification, mobilité géographique réduite, méconnaissance du marché du travail ou de ses droits (RQTH, formation…), éloignement de l’emploi depuis des années, perte de confiance en soi, illectronisme… « Il y a souvent beaucoup de choses à travailler au-delà du projet professionnel », souligne Luciana Loial. À quoi peuvent s’ajouter des discriminations liées à l’âge, au sexe ou à l’origine sociale. Mais aussi des problèmes du quotidien à gérer et une urgence plus importante à travailler et gagner de l’argent.

Pas facile dans ces conditions de suivre un séminaire qui demande de la prise de recul et s’étale dans le temps (quatre semaines d’ateliers et six mois de suivi). Sans que le dispositif soit modifié, quelques aménagements ont été apportés pour s’adapter au niveau d’expression ou de connaissances du avec plus de travail oral qu’écrit par exemple.

Et à chaque fois, ça prend : les participants s’investissent et des petits (ou grands) succès se produisent. Des personnes mutiques prennent la parole, des timides passent devant la caméra, des peu sûrs d’eux reprennent confiance sous les encouragements du groupe. L’intervention de professionnels, experts dans leur domaine, auprès d’un public peu habitué à ce qu’on lui accorde autant de temps, participe aussi de cette remobilisation vers l’emploi.

En un an, quatre sessions se sont tenues en Île-de-France, dont trois auprès d’un public éloigné de l’emploi et une à destination de cadres. Avec des premiers résultats observés. À Stains (93), par exemple, plusieurs participants « ont compris qu’ils avaient une connaissance très restreinte du marché du travail et qu’ils y étaient invisibles, en ne postulant qu’à travers Pôle emploi et en n’envoyant qu’une ou deux candidatures par mois, au mieux », détaille Luciana Loial. Ailleurs, « des dynamiques se sont enclenchées avec l’envoi de candidatures, l’inscription en agence d’intérim, le démarrage de formations… », poursuit-elle. Certains, ceux dotés d’un niveau élevé de qualification, ont même retrouvé un emploi (voir encadré). Mais la crise due au coronavirus rebat les cartes. « Que vont devenir les démarches de retour à l’emploi de ce public fragile ?, s’interroge Luciana Loial. La pandémie nous demande également de penser autrement nos accompagnements avec des publics peu à l’aise avec les outils numériques, alors que les besoins pour les mois à venir vont rester importants ».


Christian G.

ex-participant au séminaire Être - Pôle Emploi

« Après dix-huit mois de recherche active mais vaine, j’ai participé, à l’invitation de Pôle emploi, à la session de janvier 2020 du séminaire Être. Mon récit de vie m’a fait prendre conscience que le handicap n’était finalement pas le principal frein à ma recherche d’emploi et que mes problèmes de santé ne nécessitaient pas d’aménagement de poste. Mon handicap, c’était de ne pas avoir regardé la réalité du terrain économique. Mon CV était trop touffu, illisible. Je l’ai refait en l’axant sur le côté technique, en accord avec le marché du travail et les postes à pourvoir. »

Embauché comme zootechnicien dans une université francilienne à la fin du séminaire, il n’a pu reprendre en mai à cause du Covid et de ses problèmes de santé et n’est pas assuré de conserver son poste.


Étude d'impact social

Être a confié à un cabinet conseil une étude de mesure d’impact social du séminaire de son pôle Fragilités. « Un rapport d’impact, s’appuyant sur l’ensemble des données qualitatives et quantitatives collectées, permettra de mesurer l’efficacité de la méthodologie employée, en particulier d’identifier les éléments déclencheurs du retour à l’emploi, de consolider les résultats, de suivre et de renforcer l’impact du programme pour mieux le développer », indique Emmanuel Perret, directeur d’Être.