Magazine Être

Emploi, handicap et prévention


Actualité Édito

Covid-19 vs Emploi-20

par Michaël Couybes, Juin 2020


Le “lointain” coronavirus sino-italien venait de passer nos frontières pour entrer dans nos maisons et nos entreprises, s’appelant désormais Covid-19, comme si avec ce changement de nom on voulait nous signifier une autre réalité, notre réalité. Le magazine Être, saison printemps, venait de paraître, le sommaire du prochain numéro d’être décidé et partagé avec les journalistes, quand le confinement arrêta et sidéra tout un pays, mettant la grande majorité des Français au chômage technique.

Devions-nous suivre le mouvement, ou plutôt cet immobilisme, nous résigner à suspendre notre activité au moment où l’information, la mobilisation et l’accompagnement, qui constituent notre raison d’être, devenaient plus que jamais nécessaires ? Après quelques jours de réflexion, nous décidions collectivement de maintenir la préparation du prochain numéro du magazine. Une fois cela posé, restait à décider si l’actualité envahissante du Covid devait bouleverser notre sommaire et, si oui, sous quelle forme correspondant à notre ligne éditoriale.

Les premières semaines défilant, les interviews de personnes ressources expertes et les échanges avec nos partenaires se multipliant, l’évidence se dessina sous nos yeux : le sujet de l’emploi des personnes en situation de handicap dans cette période de crise et pour l’après représentait un véritable enjeu. Un enjeu dont les différents acteurs – pouvoirs publics, entreprises, associations… – ne semblaient pas, jusqu’à fin avril, mesurer l’ampleur et les possibles dégâts sur l’emploi, le maintien dans l’emploi et le recours au secteur du travail protégé et adapté (STPA), et plus globalement sur tout l’écosystème de l’emploi et du handicap.

D’autant plus que cette crise vient percuter l’application des premières mesures de la loi Pénicaud II, réformant cette politique d’emploi. Elle les rendrait presque anachroniques, pour le moins malvenues : l’emploi direct est gelé, le STPA a besoin d’un grand plan de relance, qui ne sera pas facilité par son retrait du calcul du taux d’emploi ; les associations et organismes qui participent au parcours d’insertion professionnelle observent une raréfaction des aides des employeurs, provoquée par leur sortie des déductions jusqu’alors accordées… Une ineptie au moment où il s’agit de sauver ces politiques d’emploi et d’accompagner pour cela les employeurs et les personnes handicapées, mais également les nouvelles fragilités. En effet, cette crise risque sérieusement de générer de nouvelles situations de handicap psychique dans la population, voire physique et neurologique pour ceux qui ont été gravement touchés par le virus. De nombreux salariés fragilisés par le contexte se seraient ainsi d’ores et déjà lancés dans une démarche de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

Dans les visions pour le monde d’après, l’inclusion semble une option intéressante. Mais il ne faudrait pas que cette inclusion, présentée par les pouvoirs publics et les entreprises comme une priorité lorsque “tout allait bien”, ne le soit plus en temps de crise. Bien au contraire.

Avec cette crise sanitaire, des dizaines de millions de Français ont également découvert, à l’occasion des très suivis discours du président Macron, les interprètes en langue des signes française (LSF) et le sous-titrage en direct par vélotypie. Une accessibilité rendue visible qui elle-même donne à réfléchir sur la représentation des personnes en situation de handicap dans les médias.

Prenez soin de vous, prenons soin des autres.

Numéro 161, juin 2020