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Emploi, handicap et prévention


Les masques transparents Odiora © DR

Actualité

Masques adaptés : sourire homologué ?

par Willy Persello, Mai 2020


Les masques munis d’une visière transparente s’avèrent très utiles pour de nombreuses personnes. Si plusieurs initiatives se font jour et s’apprêtent à être produites en grande série, elles se heurtent aux questions d’homologation.


Depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux se sont fait l’écho de multiples initiatives qui ont permis aux utilisateurs de masques de protection de retrouver leur sourire. En France, à l’exemple de l’association Main dans la main, plusieurs initiatives privées, relevant du système D et produites en petite série, ont vu le jour.

Pourtant ce type de masques, muni d’une visière transparente, permet à chacun de voir la bouche et le mouvement des lèvres de ses interlocuteurs. Il constitue donc une valeur ajoutée pour de nombreuses personnes. Indispensables pour les personnes sourdes et malentendantes et plus encore pour leurs interlocuteurs (afin de permettre aux premières la lecture labiale des seconds), ces masques le sont aussi pour les personnes en contact avec des personnes atteintes de troubles cognitifs, les nouveau-nés et de très jeunes enfants qui intègrent leur langue maternelle par la lecture sur les lèvres.

Des besoins importants

Forte de ce constat et elle-même concernée par les limites du masque traditionnel, Nathalie Birault, jeune entrepreneuse et présidente d’Odiora, qui conçoit des bijoux adaptés aux prothèses auditives, a réalisé un premier prototype à la mi-avril. Fabriqués par Nathalie et offerts dans un premier temps pour toute commande d’un bijou Odiora, ces masques font l’objet de plus en plus de demandes. Et l'entreprise prépare une production à grande échelle de plusieurs dizaines de milliers de masques, baptisés très joliment, “Sourire”, avec un prix unitaire compris entre 10 et 12 euros hors taxes et dégressif en fonction du volume de la commande.

L’association Masques à rade, qui regroupe des couturières bénévoles à Brest, a également conçu un masque transparent à destination des professionnels de l'Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs (Urapeda) qui travaillent avec des publics sourds. Elle a déposé un brevet pour ce masque, une marque "Marozz" et souhaiteraient l’aide d’industriels pour lancer la fabrication et l’homologation.

L'association Masques à rade © DR

Quelles normes ?

Ces masques sont-ils efficaces pour lutter contre la propagation du Covid-19 ? Sont-ils certifiés par les organismes agréés ? « Il n’existe pas à ce jour de normes spécifiques pour les masques à visière, délivrées par la direction générale des armées (DGA) ou par l’Institut français textile habillement (IFTH) », précise Bruno Savage, directeur général d’Odiora. Le masque doit assurer la bonne filtration des particules (tissus validés par la DGA), une correcte respirabilité, des coutures certifiées (normes Afnor) et le tout doit résister au lavage, au séchage et au repassage… L’entreprise a envoyé tous ses modèles en certification à la DGA et à l’IFTH. « Aujourd’hui, nous avons trouvé une entreprise adaptée pour les fabriquer et cherchons d’autres partenaires (Ésat et EA). Nous espérons produire nos premières grandes séries d’ici 10 à 15 jours », nous informe Bruno Savage ce vendredi 22 mai.

La certification freine également le projet soutenu par APF France handicap. Responsable commerciale d’APF Entreprises en Bourgogne, Sabine Pakirivava participe avec ses Ésat et EA au projet Résilience de fabrication de masques traditionnels et lavables. Elle a aussi relayé les importants besoins en masques à visière à APF France handicap national. « Nous pourrions en produire 20 000 par semaine », nous explique-t-elle enthousiaste. Cependant le projet n’est pas à ce jour prototypé et attend la publication de normes. « Si le besoin est énorme, APF France handicap ne peut faire courir aucun risque à ses clients et à ses collaborateurs », précise la responsable commerciale.