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Formations politiques : quel soutien aux candidats handicapés ?

par Laetitia Delhon, Mars 2020


Entre charte du candidat inclusif, mots d’ordre ou absence de consigne, l’engagement des candidats en situation de handicap est diversement soutenu par les partis.


En matière de communication, La République en marche n’a pas l’habitude de lésiner sur les moyens. Le mouvement présidentiel a donc su vanter les mérites de ses « dix engagements éthiques de l’élu(e) local(e) progressiste », dont le premier impose à la tête de liste d’inclure des personnes en situation de handicap. Autre document : la “Charte du candidat inclusif”, qui comporte 25 engagements visant à accélérer l’accessibilité. Elle impose au candidat la présence sur sa liste d’au moins 15 % de personnes en situation de handicap et la nomination d’au moins un adjoint en situation de handicap « qui ne sera pas en charge de l’accessibilité et du handicap ».

Une ambition forte, certes, mais est-elle suivie d’effets ? Lors d’une réunion à Boulogne le 20 janvier, à l’initiative de l’association L’Inclusion en marche, une dizaine de candidats franciliens en situation de handicap étaient présents et une vingtaine de signatures de la charte étaient annoncées. Quant à la présence de candidats en situation de handicap sur les listes, nous n’avons pas obtenu d’informations précises et chiffrées.

Du silence radio aux annonces

Du côté du Parti socialiste (PS), silence radio. Nos demandes répétées d’informations quant à d’éventuelles consignes données pour favoriser l’engagement des citoyens en situation de handicap sont restées lettre morte. Par désintérêt, manque d’organisation, priorités données à d’autres sujets ? Difficile de savoir. Chez Les Républicains (LR), pas de consignes particulières, mais un encouragement à rechercher la représentativité des personnes en situation de handicap, motivé par l’implication de dirigeants comme le député Damien Abad et le sénateur Philippe Mouiller. À l’occasion de leurs voeux à la presse, Les Républicains ont mis en avant le handicap comme premier thème de réflexion de leurs trois prochaines conventions. « C’est un sujet sur lequel la droite républicaine a des choses à dire, a beaucoup fait historiquement depuis de nombreuses années », a souligné Aurélien Pradié, secrétaire général du parti.

Le Rassemblement national (RN) déclare ne pas imposer aux têtes de liste « de placer en position éligible des personnes en situation de handicap ». « Selon nous, il s’agit d’une discrimination et les colistiers doivent être sélectionnés pour leurs qualités, qu’ils soient handicapés ou non », précise Aleksandar

Nikolic, membre du siège et candidat à Saint-Rémy-sur-Avre (28). Les candidats sont cependant amenés à respecter un programme commun sur le sujet du handicap : favoriser l’accessibilité, créer un service d’écoute et d’aide juridique, un réseau santé handicap avec l’ensemble des partenaires et enfin développer le handisport.

Égalité de traitement

Du côté de La France insoumise, dont le député Loïc Prud’homme s’était illustré en mai 2019 en s’exprimant en langue des signes dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour alerter sur la situation des personnes sourdes, pas de consignes non plus, « mais une bataille pour l’égalité de traitement », selon Marie-Laure Darrigade. La secrétaire nationale du Parti de Gauche et animatrice du “Livret Handicap de la France insoumise” affirme ainsi qu’Emmanuel Macron « dans sa grande générosité a lancé sa charte mais sans moyens pour l’accompagner ». Elle-même atteinte d’une sclérose en plaques et conseillère municipale de la commune d’Agnetz (60), elle estime « qu’on ne devrait pas nous présenter comme des personnes handicapées mais comme des “warriors”, parce que rien n’est fait pour nous, même si les choses avancent parce qu’on a planté des graines ». Enfin, du côté d’Europe Écologie Les Verts, le parti qui a le vent en poupe après son bon score aux élections européennes, le sujet ne semble guère mobiliser. « Nous sommes un parti fédéraliste, il n’y a donc pas de charte d’engagement national, mais certaines communes ont des chartes locales. Nous considérons que c’est au niveau local qu’on est plus à même de savoir ce qui est utile pour le territoire », fait savoir le service de presse. Il renvoie à un document interne de la Commission nationale handicap et solidarités qui comporte des propositions à destination des candidats aux élections municipales. Amélioration de l’accessibilité et baisse de la précarité énergétique, développement des transports à la demande : huit mesures figurent dans ce document.

Pour l’anecdote, relevons que dans la ville d’Emmanuel Macron, Amiens, le candidat tête de liste en situation de handicap ne se trouve pas dans les rangs de Brigitte Fouré, qui conduit la liste LREM, mais sur la liste de l’Union de la gauche. Julien Pradat, tête de liste et tétraplégique, a été proposé par… François Ruffin, député La France insoumise, un des plus fervents opposants à Emmanuel Macron.


Les principales propositions “handicap” des partis

La lisibilité des programmes à destination du handicap n’est pas toujours simple, d’abord parce que de nombreuses formations politiques fusionnent entre elles, comme La France insoumise ou Europe Écologie Les Verts, et que leur programme colle aux réalités locales. Par ailleurs, la campagne pour les élections a commencé très tardivement, avec des listes dévoilées parfois moins d’un mois avant le scrutin, et des programmes élaborés en cours de campagne. Parmi les propositions communes à tous, sans surprise et en écho avec les fortes attentes, figure l’amélioration de l’accessibilité de la voirie, des transports, services publics et commerces. La recherche de participation des personnes handicapées dans les processus de prise de décision apparaît aussi commune. Quelques propositions sortent de l’ordinaire, comme celle de LREM visant à créer des quotas d’élus en situation de handicap ou celle d’EELV de revenir au 100 % de logements neufs accessibles, contrairement au ratio de 20 % prévu par la loi Élan.