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Emploi, handicap et prévention


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Aux urnes, citoyenne Maurin

par Laetitia Delhon, Mars 2020


Odile Maurin, figure de l’activisme, se présente sur la liste Archipel Citoyen, à Toulouse. Après avoir longtemps refusé de s’engager politiquement, elle a été désignée en position éligible par un jury citoyen.


Après le militantisme associatif, les actions coup de poing dénonçant le manque d’accessibilité, l’engagement avec les Gilets jaunes, autant de combats qui lui valent quatre « casseroles judiciaires », l’infatigable Odile Maurin se lance en politique à Toulouse. Elle a rejoint la liste Archipel Citoyen, qui se présente comme « citoyenne, ouverte et participative », composée de citoyens, d’élus d’opposition de l’actuelle majorité et d’autres militants politiques issus notamment de LFI et EELV.

Odile Maurin a pourtant été longtemps rétive à l’engagement politique. « Malgré des sollicitations régulières, j’ai toujours refusé, car j’avais encore des choses à faire sur le plan associatif, et je ne voulais pas me marquer politiquement », décrit-elle. Ce qui l’a convaincue ? « En novembre 2019, j’ai découvert le cahier de préconisations sur l’accessibilité du logement de l’actuel maire, Jean-Luc Moudenc, avec des éléments aberrants dedans. Je me suis dit que ce n’était plus possible. »

Conception universelle

Deux Gilets jaunes l’ont plébiscitée sur le site d’Archipel Citoyen, qui a choisi de soumettre le processus de désignation de sa liste à un jury citoyen. Lors de ce vote, Odile Maurin est arrivée « quatrième ou cinquième », et figure aujourd’hui sixième sur la liste, en position éligible, à l’issue du processus final de désignation.

« Je travaille sur le logement afin de fixer des règles au travers d’une charte d’accessibilité incitant à la conception universelle, je souhaite que l’espace public soit conçu en partant des besoins des plus vulnérables de façon à le faire pour tous. » Éviter les travaux de voirie « mal faits », renforcer l’accessibilité des transports en commun avec des quais modulables pour les arrêts prioritaires : les idées ne manquent pas.

Pas question toutefois, en cas d’accès au Capitole, d’être « l’élue du handicap ». « J’ai trop vu d’élus chargés du sujet faire de la figuration faute d’avoir les moyens d’agir. Ça ne m’intéresse pas. Je préférerais le logement ou le transport. » Est-il compliqué de faire campagne lorsqu’on se déplace en fauteuil ? « Je ne vais pas cacher que j’ai dû acculturer mes camarades. Celui qui a pris la permanence pensait qu’elle serait accessible parce qu’elle est en rez-de-chaussée. Ils ont été obligés de faire des travaux, car il était hors de question que je sois sur une liste dont le local est inaccessible ! »

Acculturer les camarades

Elle les incite également à limiter l’écriture inclusive, ce « grand dada » qui pénalise les personnes dyslexiques. Quant aux outils de communication interne, ils ne sont pas adaptés. « J’ai besoin de ma dictée vocale pour écrire et ne peux le faire que sur mon ordinateur, pas sur les applications qu’ils utilisent. »

Enfin, sans sa voiture adaptée, impossible de faire campagne. « Comme tout se décide au dernier moment, je n’aurais jamais pu y arriver si je dépendais encore du réseau Mobibus (ndlr : transport à la demande à Toulouse). » La marge de progrès pour l’accès des personnes en situation de handicap à l’aventure politique reste grande, selon elle. « Il faudra que la législation évolue, que nous ayons des moyens de compensation. » Un message à faire passer pour motiver les troupes ? « Imposez-vous et ne vous laissez pas instrumentaliser comme “le handicapé de service”. » Du “Odile Maurin” dans le discours, même en politique.


David Gall, conseiller municipal sortant : Ira, ira pas ?

Après avoir déclaré sa candidature à Granville en fin d’année dernière, où il est arrivé en rééducation en 2006 après une hémorragie cérébrale et où il est élu chargé du handicap, David Gall décide plusieurs semaines après de se retirer. « Je suis satisfait du travail que j’ai accompli pendant ce mandat, car nous avons fait avancer le sujet, avec de la sensibilisation et de la prévention. Mais repartir avec la liste actuelle paraissait compliqué et il n’existe pas vraiment de projet pour le handicap. » L’élu de 39 ans ambitionne alors d’aller « vers des fonctions plus importantes, celles de député, parce qu’il a plus de poids qu’un maire dont le rôle est ingrat et qui parvient difficilement à travailler sur le handicap de façon large ». Finalement, courant janvier, David Gall décide de se présenter dans la ville voisine de Donville-les-Bains. Sur Facebook, il annonce ses ambitions pour la commune : développer l’attractivité du centre-bourg, impulser une dynamique écologique, pérenniser l’aspect solidaire et convivial de la commune et favoriser la démocratie de proximité.


Jean-Philippe Murat

Entrepreneur à Rodez

Pourquoi se lancer dans cette campagne ? Je suis impliqué dans la vie locale depuis de nombreuses années. Après mon accident, j’ai repris progressivement mes activités tout en observant de très près la vie locale. Je souhaite également démontrer que le handicap n’est en aucun cas un obstacle pour accéder à un mandat local.

Vous avez justement dénoncé des propos discriminants à votre encontre de la part d’un colistier de la liste Les Républicains… ?

Oui, car il a fait état, devant des Ruthénois, de l’impossibilité supposée pour une personne handicapée d’occuper la charge de maire, code électoral à l’appui. J’ai annoncé mon intention de donner une suite judiciaire à ces propos. D’autant que la façon dont j’ai surmonté ma tétraplégie prouve tout le contraire.

Que diriez-vous aux personnes en situation de handicap souhaitant s’engager ?

Je suis convaincu que nous entrons dans une époque qui verra enfin les personnes handicapées visibles sur le champ social et économique. Se saisissant des innovations mises à leur disposition, elles vont pouvoir créer une handi-économie durable et créatrice d’emploi.