Magazine Être

Emploi, handicap et prévention


© Parlement européen

Société Enquêter

Sylvie Guillaume, eurodéputée : « Il ne faut rien lâcher »

par Michaël Couybes, Mars 2019


Députée européenne depuis dix ans, vice-présidente du Parlement européen, Sylvie Guillaume porte un regard à la fois bienveillant et lucide sur l’Europe du handicap.


Comment le Parlement européen intervient-il sur le sujet du handicap ?

Avec peu de pouvoir de contrainte, le Parlement essaie cependant d’être une force de proposition, d’alerter sur les manquements, d’agir via l’intergroupe Handicap et par le dépôt d’amendements et le vote de résolutions pour demander d’aller plus vite dans la réalisation des engagements pris.

Le bilan handicap de la dernière mandature semble bien maigre…

C’est vrai, la première décennie des années 2000, avec l’Année européenne des personnes handicapées, l’adhésion de l’Union à la Convention des droits des personnes handicapées et la définition d’une stratégie européenne du handicap (2010-2020), avait été très prometteuse. Mais la suite a été un peu plus laborieuse, avec une difficulté de mise en oeuvre.

Pourquoi ? À l’exception des directives, qui sont utiles mais très sectorielles, nous ne disposons pas de moyen de coercition pour inciter les États membres à appliquer notre stratégie européenne. D’où ce sentiment de faire du sur-place, à l’instar de notre projet d’acte européen pour l’accessibilité qui est encalminé. Cela pose la question de la subsidiarité (principe qui définit les conditions dans lesquelles l’Union dispose d’une priorité d’action par rapport au États membres, ndlr) mais aussi du financement de la compensation du handicap.

Quelles principales avancées pourriez-vous citer ?

Le Parlement est resté vigilant sur de nombreux sujets, mais je citerai le renforcement de la prise en compte de l’empêchement en matière d’emploi, la directive sur l’accessibilité du Web prise en 2016, l’important travail réalisé par les institutions européennes sur l’accessibilité des élections. Je suis également satisfaite de l’adhésion au traité de Marrakech qui prévoit des exceptions aux droits d’auteur pour permettre l’accès des personnes handicapées aux oeuvres.

Quels sont les enjeux des prochaines élections européennes ?

Nous ne pouvons pas laisser tomber le sujet du handicap sous prétexte que d’autres problématiques agitent l’Europe… L’Union européenne mise sur l’égalité comme levier. Et sous ce chapeau, nous pouvons aborder les domaines de la santé, de l’éducation, de l’emploi, de l’accessibilité, de la citoyenneté... La stratégie européenne me semble adaptée pour mener cette politique. Nous devons juste rendre incontournables ses domaines d’action et les faire vivre. Il ne faut rien lâcher.

Les candidats français portent-ils des mesures liées au handicap ?

Non, ni d’ailleurs d’autres sujets sociaux. La question du pouvoir d’achat, le sentiment de relégation et d’invisibilité, la demande de participation qui se propagent en Europe sont partagés par les personnes handicapées. Ils sont aujourd’hui bloqués par le débat “progressistes-populistes”… Pourtant, le handicap, thème universel et illustrant la lutte contre les discriminations, pourrait être un fer de lance pour tendre vers cette Europe sociale que nous appelons de nos voeux.

Propos recueillis par MC