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Emploi, handicap et prévention


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Emploi Réussir

Témoignage : "Savoir se ménager"

Janvier 2019


Directrice d’agences chez Manpower, Nicole a vécu trois grandes parenthèses dans sa vie professionnelle en raison de la maladie. Récit.


Le prénom a été modifié

Le cancer, Nicole ne le connaît que trop bien, puisqu’il lui a déjà arraché deux frères et son père. Et en 2003, à l’aube de la quarantaine, après une mammographie, elle apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur maligne au sein droit. L’annonce de la maladie est un choc. Car, en plus du diagnostic, il n’y a pas d’autre solution que de pratiquer une mastectomie. Nicole fait front. Elle reprend son travail, les premières semaines à temps partiel thérapeutique, puis à temps complet. Mais en 2012, c’est la récidive. « J’ai dû supporter une nouvelle opération chirurgicale au même sein, relate-t-elle. Puis il y a eu une radiothérapie très lourde de 30 séances. Après neuf mois d’absence, j’ai voulu reprendre mon travail. » Si Nicole n’entend pas céder un pouce de terrain à la maladie, son poste de responsable de deux agences lui impose d’être à la hauteur pour encadrer son équipe. Alors elle ne ménage pas sa peine. « J’étais vraiment épuisée, les premières semaines. J’étais là, cherchant à gérer tout à la fois le travail et les séquelles de la maladie. Si la reprise était une vraie thérapie, j’avais vraiment présumé de mes forces. »

Les fruits de l'expérience

En 2015, un problème de prothèse surgit : il faut intervenir en urgence. Cette fois, elle prend le temps de sa reconstruction physique et mentale. « J’ai été absente durant quinze mois. Contrairement à mon absence précédente, j’ai demandé à ma hiérarchie d’être remplacée. J’ai pris contact avec la responsable Mission Handicap Bernadette Bordenave. Elle a été d’une grande écoute avec moi, j’ai pu lui confier ma peur de ne pas “être à la hauteur” pour reprendre mon poste. Elle m’a mise en contact avec une psychologue, avec laquelle j’ai pu exprimer mon manque de confiance, mes peurs. Et c’est elle aussi qui m’a parlé de la RQTH. » Pour Nicole, la RQTH est stigmatisante. Il lui faudra faire tout un cheminement pour s’avouer enfin que le cancer est une maladie handicapante et que la RQTH peut être une reconnaissance de cette maladie qui n’est pas visible. Avec la médecine du travail et son entreprise est mise en place une reprise à raison d’une journée par semaine en télétravail. À son retour, fin 2016, Nicole apprend que Manpower vient de signer une charte préconisant des mesures pour accompagner ses salariés de retour après de longs mois d’absence.

L’ensemble de ces dispositifs montre que l’entreprise évolue pour permettre aux salariés de vivre au mieux leur retour dans l’entreprise. « L’accompagnement de la Mission Handicap a été un soutien très important pour moi, c’est important de ne pas se sentir seule ! Cette expérience de vie m’a fait grandir aussi pour des situations que je peux rencontrer autour de moi, et elle m’a donné les “bonnes ficelles” pour vivre au mieux un retour au travail. »


Bernadette Bordenave

Responsable Mission Handicap

« Pour la plupart des personnes ayant une maladie invalidante, souvent invisible, il existe un combat personnel à mener. Il faut rester fort, spécialement au travail, et surtout si l’on est manager. Un sentiment de culpabilité peut amener les personnes concernées à taire leur maladie vis-à-vis de leur entourage professionnel et à ne pas accepter le cancer comme une pathologie relevant du handicap et ainsi reconnue par une RQTH. Notre rôle est de les aider à libérer leur parole dans un cadre bienveillant et confidentiel pour faire accepter une situation de fragilité et proposer des mesures d’accompagnement. Le retour à l’emploi reste au quotidien une réalité complexe, souvent difficile à vivre pour les collaborateurs concernés. »