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Emploi, handicap et prévention


Éric, en polo rouge, accompagne des collègues
et managers de son établissement. © DR

Emploi Réussir

Bonnes pratiques : rallye thérapie

par Michaël Couybes, Janvier 2019


Agent SNCF depuis plus de 20 ans, Éric Bossoutrot a dû arrêter son travail pendant deux années en raison d’un cancer. Il a réussi son retour à l’emploi grâce à l’accompagnement de son équipe de travail et à la réalisation de son rêve, soutenue par la Mission Handicap & Emploi de SNCF : la participation à un rallye de voitures anciennes.


Éric Bossoutrot, 47 ans, a intégré SNCF via le Sernam. Il est agent de maîtrise au service logistique d’un Établissement commercial train à Bordeaux, chez SNCF Mobilités. Il y assure plusieurs missions : correspondant informatique pour le personnel du siège de cet établissement, gestion et suivi du contrat d’habillement des contrôleurs, suivi des installations du bâtiment et de leur rénovation (électricité, chauffage, plomberie...). Un métier comportant des fonctions multiples, dans lequel il s’épanouit. Mais en mars 2013, à l’issue de six mois de souffrance et d’une batterie d’examens, on lui découvre un mélanome. Il fait une embolie pulmonaire. « En urgence, j’ai été hospitalisé en cardiologie. J’ai été arrêté de mars 2013 à avril 2015 », indique-t-il. Au cours de ces deux années, l’infirmier chargé de son traitement quotidien le voit peu à peu dépérir et décide de le bousculer : « Qu’est-ce que tu ferais avant de partir si tu devais partir demain ? » lui demandet-il un jour. « M’est alors réapparue la passion du Paris-Dakar, mon rêve d’enfant, raconte Éric Bossoutrot. Mais ce projet ne me paraissait pas accessible, trop cher, trop important. D’un autre côté, le 4L Trophy était plus accessible, mais réservé à des étudiants... »

Éric ne se décourage pas. Il cherche et découvre une association qui organise un rallye de voitures anciennes (antérieures à 1992) au départ de Bordeaux, dans l’esprit du Paris-Dakar et à destination du Sud marocain, à travers l’Atlas et le désert : le Babyboomer’s Adventure. « Je me suis fixé pour but de trouver une voiture, de la restaurer et de la préparer pour ce rallye. Cela m’a sorti du canapé et poussé à aller vers les autres. » Dans sa quête, il fait la rencontre de Patrick Mourgues. Ce passionné de 4L conserve de vieux spécimens dans son jardin et lui propose de venir chercher les pièces mécaniques qui lui manquent. « J’ai découvert, relate Éric, que lui aussi était dans un parcours post-maladie et en arrêt de travail. » Licencié, Patrick Mourgues utilise sa prime de départ pour acheter un garage automobile, dans lequel il réserve un pont pour la 4L d’Éric, dont il deviendra le sponsor et l’ami.

Des interventions avec Cancer@Work

Pendant que le rallye se prépare, Éric doit vivre une tout autre aventure : la reprise du travail après deux ans d’absence. « Pendant mon arrêt longue maladie, mes collègues de bureau ont été très bienveillants, en particulier Sandra Dupuch, qui prenait de mes nouvelles et les relayait auprès d’eux, témoigne-t-il. J’ai bénéficié d’un aménagement d’horaires pour poursuivre mes soins et gérer ma fatigabilité. Je me suis vraiment senti entouré et accompagné par mes collègues, managers et directeurs. »

Deux mois après sa reprise de travail, sa première participation au rallye, en mai 2015, vient clore une phase difficile de la maladie. Éric sent que cette aventure de rallye et son témoignage de vie pourraient être intéressants pour d’autres malades et les aider à se dépasser. C’est pourquoi il décide d’en parler à une ancienne collègue devenue correspondante Handicap & Emploi, Lucie Billerey (voir son témoignage en encadré). « Elle a trouvé l’idée originale et, une fois le projet partagé avec la Mission Handicap & Emploi nationale, elle m’a proposé au retour du rallye de témoigner de mon parcours dans le cadre d’un forum de sensibilisation sur le handicap et la maladie co-organisé avec l’association Cancer@Work. » Le témoignage d’Éric a une telle répercussion que la Mission Handicap & Emploi nationale lui demande de venir témoigner devant les directeurs de grands groupes à Paris, en décembre 2015.

Mission Handicap sur le capot

À partir de ce moment, un partenariat s’instaure. Éric s’engage à participer à plusieurs événements de sensibilisation sur le handicap organisés par SNCF. De son côté, la Mission Handicap & Emploi sponsorise ses frais de préparation et de participation au rallye Babyboomer’s 2017, à condition qu’il soit accompagné d’un collègue de SNCF. « J’ai voulu choisir mon copilote avec lequel j’allais passer 24 h sur 24 pendant quinze jours, précise-t-il, et je l’ai trouvé dans la famille de ma femme. » Son copilote, Laurent Jamin, travaille également chez SNCF et a été victime d’un AVC. « C’était la voiture des éclopés, sponsorisée par SNCF avec le logo Mission Handicap & Emploi sur le capot », souligne Éric avec humour. SNCF l’a soutenu pour deux rallyes, ceux de 2017 et 2018. « Ces courses n’ont pas pour but de faire un résultat, c’est juste un dépassement de soi-même et de la machine, et le fait de vivre des aventures dans des espaces de liberté, observe-t-il. Mais pour mon retour à l’emploi, le résultat a été vraiment probant : le rallye a été pour moi une réelle thérapie et un tremplin qui ont changé mon caractère, m’ont rendu plus libéré et optimiste. Aujourd’hui, je repère l’essentiel, dans le travail comme dans la vie. »


Lucie Billerey

Correspondante Handicap & Emploi

« J’ai travaillé dans le même établissement qu’Éric en tant que responsable de la commande de personnel des trains. En 2015, je suis intervenue pour sa reprise alors que j’étais devenue correspondante régionale Handicap & Emploi de SNCF Mobilités. Je menais alors un groupe de travail sur le retour à l’emploi après un arrêt longue maladie et je préparais une conférence sur ce thème avec l’association Cancer@Work. J’ai demandé à Éric de venir y témoigner, connaissant l’accompagnement dont il avait bénéficié de la part de son manager et de ses collègues. Ils avaient gardé le contact avec lui pendant son arrêt, lui avaient permis de retrouver son poste de travail tel qu’il l’avait quitté, et avaient fait preuve de bienveillance. Éric m’a fait part de son projet de rallye. J’ai accepté de le soutenir, dans l’intention de communiquer sur le fait qu’on pouvait relever de nouveaux challenges et acquérir de nouvelles compétences après la maladie et/ou le handicap. Nous avons réalisé une exposition itinérante de photos de son aventure, dont la première a eu lieu lors de la SEEPH 2017. »