Magazine Être

Emploi, handicap et prévention


Emploi Réussir

Bonnes pratiques : intégration à grande vitesse

par Michaël Couybes, Septembre 2018


Embauché au Technicentre Atlantique en mai dernier, Matthieu Deville a démontré que la surdité n’était pas un handicap pour réussir dans les métiers de la maintenance des TGV.


Au Technicentre Atlantique de Châtillon, l’équipe Mécanique assure l’entretien des TGV qui desservent l’Ouest de la France. C’est là que Matthieu Deville, jeune homme sourd, a été embauché en mai dernier. « Il a fallu convaincre l’ensemble des acteurs qu’il était possible d’intégrer des sourds sur ces métiers techniques qui comportent des contraintes importantes de sécurité », relatent Gaël Gautier, référent Handicap, et Dominique Delbarre, correspondante Handicap de la Région Paris-Rive gauche. « La société Ergoplurielle, poursuit cette dernière, spécialisée dans les aménagements pour les salariés sourds, a réalisé deux études de poste qu’elle a présentées au médecin du travail. » Des solutions ont été proposées afin de permettre à Matthieu de disposer du même niveau de sécurité que les autres agents : il a été équipé d’un récepteur vibrant portable pour les alarmes. Les conducteurs du site ont été sensibilisés afin qu’ils renforcent leur vigilance et le pont roulant du Technicentre a été équipé d’un dispositif lumineux pour signaler ses déplacements. « Après une première expérience professionnelle en imprimerie, j’ai voulu me réorienter dans le ferroviaire », témoigne Matthieu. « Quand j’étais enfant, précise-il, j’adorais les trains, je dessinais des TGV.»

Mieux communiquer...

Matthieu a intégré Hantrain, le dispositif de formation de la SNCF consacré aux personnes en situation de handicap en reconversion professionnelle. En avril dernier, il a obtenu aisément un titre professionnel de technicien de maintenance industrielle (TMI), l’équivalent d’un bac pro Maintenance des équipements industriels (MEI). Muni de son diplôme, il a été embauché en CDI. Matthieu travaille de 8 h à 16 h, plage horaire sur laquelle arrive la majorité des TGV pour maintenance. « J’adore le travail manuel et la mécanique. J’aime autant travailler en binôme pour des interventions sur les rames que seul dans l’atelier suspension », commente-t-il. Bien qu’une réunion de sensibilisation ait été organisée pour son collectif de travail et qu’il puisse recourir à un interprète pour les événements professionnels importants, Matthieu reconnaît se sentir parfois seul pendant ses pauses et ressentir un petit décalage d’information par rapport à ses collègues. Le message a été reçu par ses managers et sa correspondante Handicap, qui réfléchissent déjà à des solutions. « Nous aimerions pouvoir communiquer davantage avec Matthieu. À nous de faire l’effort », indique Ludovic Lauga, le dirigeant de proximité (DPX) de l’équipe Mécanique.

Texte et photos : Michael Couybes


Laurent Lamoureux

L'un des tuteurs de Matthieu

« Des recrues comme Matthieu, on en voudrait bien cinquante. Il est hyper-sociable, très ouvert et particulièrement motivé. Je le forme en continu et lui donne les consignes par écrit, en lui parlant bien en face et avec des gestes. On réfléchit à la manière de rendre plus accessibles nos points quotidiens, par exemple en écrivant les grandes lignes sur un paperboard ou en nous équipant d’un vidéoprojecteur qui permettrait de sous-titrer nos propos. On pourrait également demander une initiation à la LSF... »