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Olivier Ranson, "Pour un rire libérateur, pas profanateur"

par Michaël Couybes, Juillet 2018


Dessinateur de presse, bien connu des lecteurs du Parisien/Aujourd’hui en France, Olivier Ranson collabore au magazine Être depuis trois ans. Une parole aussi libre que ses dessins, mais toujours bienveillante.


À la question « peut-on rire de tout, même du handicap ? », que répondez-vous ?

« On peut rire de tout… sauf de moi. » Non, ce n’est pas vrai. Dans mes dessins où je fais des vannes sur des minorités : les homos, les Arabes, les juifs, les handicapés… il faut que je sois capable de les faire devant elles sans que je sente que je pourrais les mettre mal à l’aise, mais plutôt que cela pourrait contribuer à détendre l’atmosphère. Je ne suis ni pour la commisération, la compassion artificielle, qui sont souvent des formes de jouissance narcissique (« content que ça lui arrive à lui et pas à moi »), ni pour un humour dégradant et méchant. Mon confrère Maëster, auteur de sœur Marie-Thérèse des Batignolles dans Fluide Glacial, a eu un AVC. Sur sa page Facebook, il s’est dessiné dans son fauteuil roulant en se demandant s’il n’était pas trop égocentrique. Je lui envoyé le commentaire suivant : « T’es pas le premier handicapé à faire la roue. »

Percevez-vous une évolution dans le "peut-on rire de tout" depuis que vous dessinez ?

Le "peut-on rire de tout, mais pas avec n’importe qui" de Desproges est paradoxalement devenu un stéréotype, parfois utilisé à mauvais escient par des personnes racistes. Il faut savoir de quoi l’on parle et ne pas, justement, se reposer sur des stéréotypes. Mon travail est de les repérer, de les neutraliser et d’en jouer pour les contrer. Sinon, on sent aujourd’hui que c’est un peu plus tendu qu’avant avec davantage de paranoïa de la part des communautés dès que l’on aborde un sujet qui les concerne.

Rencontrez-vous des problèmes avec certaines ?

Il ne faut pas se faire attraper et jusqu’à présent j’ai réussi à me faufiler. Récemment l’un de mes dessins repris par la revue de presse de la Licra a fait l’objet d’attaques de la part de députés En marche, à tel point que j’ai fini par me retrouver taxé de raciste par Alain Soral et Hani Ramadan. Un comble ! À part cela, je n’ai pour l’instant reçu aucun reproche ni attaque du monde du handicap, mais cela pourrait venir à travers le magazine Être...

Comment, justement, abordez-vous votre travail avec cette presse spécialisée ?

Le challenge est d’arriver à faire un dessin sur un sujet que je ne maîtrise pas totalement. Mais c’est souvent le cas pour mes autres collaborations où je suis amené à aborder des thèmes auxquels je n’avais pas prêté attention auparavant.

Cette collaboration a-t-elle changé votre regard sur le handicap ?

Non, mais cela me permet d’y apprendre des choses et de me dire : 1) qu’on peut être humain, même avec un handicap, 2) que juif et handicapé, c’est un peu le même combat : il faut se battre contre la vision extérieure des personnes qui, sans vous connaître, vous englobent dans une définition qu’elles réservent aux gens pas aux normes. Mon seul handicap est d’être juif, ai-je tendance à dire. Dans les deux cas, cela sous-entend une certaine sensibilité concernant les autres et le regard qu’ils vous portent.

Propos recueillis par Michaël Couybes